« Rien ne révèle mieux l’âme d’une société que la façon dont elle traite ses enfants. » – Nelson Mandela
- Une société sans enfants ni familles : est-ce vraiment ce que nous voulons ?
- Le mouvement child-free : quand l’exclusion des enfants devient tendance
- Familles exclues, enfants bannis : une tranquillité à quel prix ?
- Pourquoi exclure les enfants est dangereux pour notre société
- Défendons une société qui dit oui aux enfants
Une société sans enfants ni familles : est-ce vraiment ce que nous voulons ?
Imaginez une terrasse élégante, des rires… mais aucun enfant. Non pas parce qu’ils sont ailleurs, mais parce qu’ils sont interdits.
Aujourd’hui, de plus en plus d’établissements – hôtels, restaurants, compagnies aériennes – adoptent une politique “child-free”, excluant volontairement les enfants. Le but ? Offrir plus de calme et de confort aux adultes.
Mais à quel prix ?
En tant que photographe engagé auprès des familles, je le dis clairement : je suis contre cette tendance.
Exclure les enfants de certains lieux, c’est plus qu’un choix marketing : c’est une vision inquiétante de la société que nous sommes en train de construire.
Dans cet article, je vous propose de mieux comprendre le mouvement “child-free”, d’en analyser les arguments, et surtout, d’en mesurer les conséquences pour notre société.
Le mouvement child-free : quand l’exclusion des enfants devient tendance
Qu’est-ce que le mouvement child-free ?
Le terme “child-free” désigne à l’origine des adultes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants. Mais depuis quelques années, l’expression est détournée pour désigner une tendance inquiétante : celle de lieux et services interdisant explicitement la présence d’enfants, afin de préserver un cadre prétendument plus calme, plus luxueux ou plus confortable.
Restaurants, hôtels, compagnies aériennes… nombreux sont les établissements qui adoptent des politiques “adults only”.
Derrière cette façade marketing, c’est la cohabitation entre générations qu’on remet en cause.
Des exemples concrets, en France et ailleurs
En France :
- En décembre 2022, un restaurant du Haut-Rhin a suscité la polémique en interdisant l’accès aux enfants “de moins de 7 ans” à certaines heures, invoquant des nuisances sonores pour les autres clients (source : BFMTV). Une décision qui relance la question : les enfants sont-ils encore les bienvenus dans l’espace public ?
- Sur la Côte d’Azur, en Provence ou dans le Luberon, de nombreux hôtels “adults only” se revendiquent aujourd’hui comme des refuges pour adultes en quête de tranquillité (source : TripAdvisor). Ces établissements excluent purement et simplement les familles avec enfants, quel que soit leur comportement.
À l’international :
- En Asie, des compagnies aériennes comme Scoot ou AirAsia X proposent des cabines “child-free” ou des vols réservés aux adultes, pour garantir une ambiance plus calme (source : CNN Travel, 2023).
- Aux États-Unis ou en Australie, certains restaurants interdisent carrément l’entrée aux enfants, ou imposent des règles comportementales strictes ciblant uniquement les plus jeunes (source : The Guardian, 2022).
- Au Japon, dans certains quartiers de Tokyo, des cafés affichent leur préférence pour une clientèle sans enfants, allant jusqu’à limiter leur accès à certains horaires (source : BBC, 2023).
Les justifications avancées
Les établissements qui mettent en œuvre ces politiques avancent trois principaux arguments :
- Le calme recherché par les adultes, surtout dans des contextes de vacances, de travail ou de détente.
- L’expérience client, pensée comme un moment de luxe ou de repos sans perturbation sonore.
- Le positionnement marketing, en ciblant une clientèle CSP+ sans enfants, souvent prête à payer plus cher pour un environnement “adulte”.
Mais faut-il réellement bannir les familles pour garantir le confort des adultes ?
Et à quel moment cette logique de tranquillité devient-elle une forme d’exclusion, voire de stigmatisation ?
C’est ce que nous allons explorer dans la prochaine partie.
Familles exclues, enfants bannis : une tranquillité à quel prix ?
Les établissements adoptant une politique “child-free” ou “adults only” avancent généralement des justifications qui, à première vue, peuvent sembler légitimes :
- Le besoin de calme : Certains clients souhaitent profiter d’un moment de détente sans cris, agitation ou imprévus liés aux enfants.
- L’expérience haut de gamme : Dans les lieux qui se positionnent comme luxueux, le calme et la discrétion seraient incompatibles avec la présence d’enfants.
- La sécurité et le confort : Des espaces comme les spas, les piscines ou certains restaurants gastronomiques sont présentés comme “non adaptés” aux jeunes enfants.
Ces arguments reposent souvent sur une idée implicite : l’enfant serait par nature perturbateur, bruyant, inadapté à certains lieux. C’est là que la réflexion doit commencer à s’approfondir.
Interdire les enfants dans certains lieux n’est pas simplement un choix logistique. C’est un acte social fort, porteur d’un message : “ta famille n’a pas sa place ici”.
Prenons un exemple fictif mais réaliste : une mère célibataire souhaite fêter son anniversaire avec ses enfants dans un restaurant chic. On lui répond poliment que l’établissement est “réservé aux adultes”. Elle repart, humiliée, avec le sentiment d’être de trop. Ce genre de situation, rapportée sur des forums comme Magicmaman ou Doctissimo, est de plus en plus fréquent.
Ce type de politique contribue à renforcer un climat de culpabilisation des familles. Comme si elles devaient s’excuser d’exister en dehors de chez elles.
Il ne faut pas oublier que, dans bien des cas, les parents redoublent déjà d’efforts pour respecter les lieux publics :
– prévoir des jeux calmes,
– anticiper les horaires de sieste,
– éviter les sorties trop longues…
En retour, ils se heurtent souvent à des regards accusateurs, des remarques désobligeantes ou des infrastructures non adaptées. Alors quand la porte leur est fermée par principe, c’est un pas de plus vers l’isolement.
Ces politiques d’exclusion peuvent sembler anodines. Elles seraient “juste un choix commercial”. En réalité, elles posent une question essentielle :
Quelle place voulons-nous accorder aux enfants dans notre société ?
Et surtout, quelles conséquences à long terme cela entraîne-t-il sur notre vivre-ensemble ?
Pourquoi exclure les enfants est dangereux pour notre société
Interdire les enfants dans certains lieux, c’est plus qu’un choix de clientèle. C’est un signal social. Celui qui dit : « vous n’êtes pas les bienvenus ». Et ce signal, répété, banalisé, devient une forme de stigmatisation.
Quand des familles se voient refuser l’accès à des restaurants, des hôtels, des transports ou des lieux de culture, c’est leur légitimité dans l’espace public qui est remise en cause. Et avec elle, l’image même de ce qu’est une société inclusive.
Des témoignages de parents, notamment dans des reportages de France Inter ou France Info, révèlent des situations humiliantes, parfois vécues comme de véritables exclusions sociales :
- « J’ai été choquée de voir une affiche ‘pas d’enfants, merci’ sur la porte. On venait en famille pour partager un moment convivial, et on s’est sentis rejetés. »
- » On nous a dit que notre fille risquait de déranger les autres clients. On a été priés de partir. «
- » On nous a refusé l’entrée dans un petit hôtel du sud sous prétexte que notre fille avait 12 ans. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver en France, c’est humiliant. «
Ce genre d’expérience laisse des traces. Pas seulement pour les parents, mais aussi pour les enfants, qui comprennent très vite qu’ils ne sont pas toujours les bienvenus.
Les lieux publics ne sont pas de simples vitrines de consommation. Ce sont des espaces de vie, d’apprentissage, de tolérance.
C’est dans ces lieux partagés que les enfants apprennent les règles de la vie en société, observent les adultes, découvrent la diversité des comportements. Et c’est aussi là que les adultes apprennent à faire preuve de patience, de bienveillance, de souplesse.
En excluant systématiquement les enfants, on casse cette dynamique. On favorise un repli sur soi, une société compartimentée, où chacun reste entre « gens du même monde ».
Pire encore, on laisse entendre qu’un moment de calme a plus de valeur qu’un moment de vie.
Dans certains pays asiatiques, comme le Japon, des quartiers entiers deviennent officieusement “no kids”, où les enfants sont découragés, voire interdits.
Des immeubles résidentiels refusent les familles. Des cafés affichent « silence obligatoire ».
Est-ce ce modèle que nous voulons suivre ? Une société triée par âge, par confort, par nuisance supposée ?
À force de céder à cette logique, nous risquons d’effacer la place de l’enfance dans la ville, dans les lieux de vie, dans la culture.
Je suis photographe du quotidien. Mon travail, c’est de montrer la beauté de ces instants partagés en famille.
Mais au-delà de la photo, je suis convaincu d’une chose : la société s’enrichit de la présence de ses enfants.
Ils nous rappellent ce qui compte. Ils nous dérangent parfois, oui. Mais ils nous réveillent aussi. Ils sont la vie en mouvement.
Une société sans enfants visibles est une société qui perd peu à peu sa capacité à transmettre, à accueillir, à aimer.
Alors, faut-il vraiment bannir les enfants de certains lieux ?
Ou devons-nous, collectivement, réaffirmer leur place partout, comme membres à part entière de notre société ?
Défendons une société qui dit oui aux enfants
Nous vivons dans une époque où l’on célèbre la liberté individuelle, le confort, le silence. Mais dans cette quête de tranquillité, ne sommes-nous pas en train d’oublier l’essentiel ?
Les enfants font du bruit, ils posent des questions, ils prennent de la place.
Mais ils rient, ils observent, ils apprennent. Et surtout, ils nous obligent à rester vivants et ouverts.
Et souvenons-nous : nous avons tous été des enfants.
Nous avons tous partagé des repas en famille au restaurant, dormi dans des hôtels pendant les vacances, couru dans les halls d’aéroport avec excitation.
Nous avons tous vécu ces moments simples mais précieux, où l’on découvre le monde aux côtés de ses parents.
Allons-nous vraiment priver nos enfants de cette richesse au nom du confort des adultes ?
Exclure les enfants des lieux publics, c’est renoncer à cette part de nous-mêmes.
C’est dire à une partie de la population qu’elle est une gêne.
C’est construire une société plus froide, plus divisée, plus égoïste.
Je suis photographe du quotidien, témoin de la beauté des liens familiaux.
Et je refuse cette vision d’un monde aseptisé, sans éclats de voix, sans éclats de vie.
Alors posons-nous cette question : quelle société voulons-nous construire ?
Une société qui trie ses membres pour préserver son confort ?
Ou une société qui accueille toutes les générations, avec leurs différences, leur énergie, leurs imperfections ?
Avez-vous déjà été confronté(e) à une politique « no kids » ?
Est-ce que cette tendance vous inquiète, vous interroge, ou au contraire vous séduit ?
Je vous invite à partager vos expériences, vos opinions, vos désaccords même, en commentaire ou par message.
Le débat est nécessaire. Le vivre-ensemble commence par là.
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